Ou comment filmer des champs/ Contre champs
Lorsque vous filmez une scène en utilisant des plans séparés, il est important que les gens comprennent où se trouve chaque élément. Une notion peu connue lors de l’apprentissage de la vidéo est sans commune mesure la règle des 180°. Ce concept fondamental définit un axe imaginaires entre deux sujets dans une scène. Cette règle des 180° délimite l’espace dans lequel la caméra sera placée à des fins de cohérence spatiale et pour que le spectateur ne soit pas désorienté. En la maîtrisant, la mise en images des dialogues entre deux personnes ou d’une interview où les deux protagonistes doivent d’être visibles n’aura plus de secret pour vous.
L’impression que les sujets ou les objets soient inversés sont souvent du à cette incompréhension de la règle. Et pourtant, la respecter est la base de toute mise en scène.
Comment appliquer la règle des 180°
Lorsque une séquence exige qu’il y ait un échange entre deux personnes ( dialogue, interview ou autre), le plus souvent, les sujets se font face. Par leur positionnement, une ligne imaginaire peut se dessiner séparant deux zones bien distinctes. Cette ligne imaginaire s’appelle l’axe d’action. Il s’agira de respecter cette axe de manière à ne jamais placer la caméra dans la seconde zone ( zone rouge )

Comme toute scène de dialogue, les prises de vue doivent alterner les cadres centrés sur les deux protagonistes. Cette alternance s’appelle champ/contre-champ. C’est beaucoup plus intéressant si vous vous rapprochez et utilisez des plans séparés, comme des plans médians et des gros plans. De cette façon, nous pouvons voir leurs expressions et nous identifier à leurs émotions. Cette alternance permet de faire « vivre » les personnages chacun leur tour.



Les plans fonctionnent ensemble car la caméra est toujours du même côté des personnages et dans la même zone. Lorsque les plans sont montés ensemble, on comprend qu’ils se regardent.
L’erreur à absolument ne pas commettre

Si vous placer une caméra dans la zone rouge, vous enfreignez la règle. Dans le schéma ci-dessous, la caméra C se trouve dans la zone rouge.


Le cadre de la caméra C renvoie à une aberration. Le personnage féminin prend la place du personnage masculin. Ils ne se font plus face !
Ne pas respectée cette règle risque de créer de la confusion relative aux positionnements des personnages et des objets, rendant la scène peu lisible. L’impression que les sujets ou les objets soient inversés sont souvent du à cette incompréhension de la règle des 180°. Tant que les caméras ne dépassent pas la zone, les plans fonctionneront ensemble même si vous intégrez des plans d’ensemble et que vous changiez les valeurs de cadre (https://comprendreetmaitriserlavideo.com/article-3-la-valeur-de-plan/).
Utiliser les « Amorces » (Over-the-Shoulder)
- Le concept : Un champ/contre-champ est souvent plus immersif si l’on voit une partie du personnage qui écoute dans le cadre. C’est ce qu’on appelle une amorce (ou plan Over-the-Shoulder). On place l’épaule et l’arrière de la tête du personnage A au premier plan, tout en faisant la mise au point sur le visage du personnage B.
- L’avantage : Cela crée de la profondeur de champ et, surtout, cela connecte physiquement les deux personnages. Le spectateur comprend instantanément leur position relative dans la pièce. Sans amorce, les personnages peuvent parfois sembler isolés dans des espaces vides, sauf si vous désirez le faire pour des raisons émotionnelles à l’initiative de la scène.
La règle des 30° : Éviter les sauts d’image (Jump Cuts)
- Le concept : Pour que l’enchaînement entre deux plans d’un même personnage soit fluide au montage, il ne suffit pas de rester du bon côté de la ligne. Il faut aussi que la caméra se déplace d’au moins 30 degrés par rapport à l’axe précédent.
- Pourquoi ? Si l’angle change trop peu (par exemple seulement 5 ou 10 degrés), le cerveau du spectateur interprète cela comme une erreur technique ou un « saut » dans l’image plutôt que comme un nouveau point de vue. C’est ce qu’on appelle un jump cut involontaire.
- Conseil : Si vous voulez serrer le cadre sur un visage, n’avancez pas seulement en ligne droite ; décalez aussi légèrement la caméra sur le côté.
Maîtriser l’axe de regard et la hauteur
- L’axe de regard : C’est le point le plus important pour la crédibilité. Si le personnage à gauche regarde vers la droite du cadre, son interlocuteur (filmé dans le contre-champ) doit impérativement regarder vers la gauche du cadre. S’ils regardent tous les deux dans la même direction, le spectateur aura l’impression qu’ils parlent à une troisième personne invisible.
- La hauteur (Niveau des yeux) : Pour un dialogue neutre, la lentille de la caméra doit être à la même hauteur que les yeux des acteurs. Si vous filmez un personnage de plus haut (plongée), il aura l’air vulnérable. De plus bas (contre-plongée), il paraîtra dominant. Veillez à ce que la caméra ne soit pas trop haute ou trop basse par rapport à l’axe de regard pour garder un échange naturel
Vous comprenez, dés lors, pourquoi tout vidéaste se doit de comprendre et de maîtriser la règle des 180°.
Changer la ligne
Parfois, vous devez changer la réplique – si vous avez plus de deux personnages, ou si vous devez montrer l’autre côté de la scène. Il existe plusieurs astuces pour « casser » la règle et que le public ne soit pas confus:
- Ajouter un plan long/large de toute la scène.
- Ajouter un gros plan/insertion d’un détail.
- Réaliser un travelling de la caméra traversant les deux zones.
Conseils de pro pour un rendu cinéma
Astuce logistique : Le tournage à une seule caméra
- Le défi : La plupart des vidéastes débutants n’ont qu’une seule caméra. Comment faire ?
- La méthode : Il ne faut pas essayer de déplacer la caméra à chaque réplique ! La technique consiste à filmer toute la scène d’un côté (Champ), puis à déplacer la caméra et à refaire jouer toute la scène de l’autre côté (Contre-champ).
- Attention aux détails : Dans ce cas, soyez très attentif aux « raccords » (la position des mains, un verre d’eau, une mèche de cheveux) qui doivent rester identiques entre les deux prises pour que le montage soit invisible. Combien de fois, ne voyons-nous pas ce genre d’ « erreurs »
5. Le Plan d’Ensemble (Master Shot) : Le point de repère
- Le concept : Avant de plonger dans le duel du champ/contre-champ, il est conseillé de commencer la séquence par un plan d’ensemble (Master Shot). C’est un plan large qui montre les deux personnages en entier dans leur environnement.
- Le rôle : Ce plan sert de « carte géographique » pour le public. Une fois que le spectateur a vu où tout le monde se situe, vous pouvez passer aux plans serrés sans risquer de le perdre, même si vous jouez un peu avec les limites de l’espace. C’est la base de ce qu’on appelle le « système du triangle » en mise en scène.

